Le 22 septembre dernier, vers 17h30, une fillette de 16 mois a échappé à sa surveillance. Elle la retrouve dans la piscine en cours de travaux, l’extirpe de l’eau et tente pendant de longues minutes de ramener la petite à la vie. Les pompiers la transportent en état grave, son pronostic vital engagé, au centre hospitalier de Pau. Elle y décède au cours du week-end.

Une porte-fenêtre ouverte

Avec toute la délicatesse possible, la présidente Myriam Dasté va aborder…

Le 22 septembre dernier, vers 17h30, une fillette de 16 mois a échappé à sa surveillance. Elle la retrouve dans la piscine en cours de travaux, l’extirpe de l’eau et tente pendant de longues minutes de ramener la petite à la vie. Les pompiers la transportent en état grave, son pronostic vital engagé, au centre hospitalier de Pau. Elle y décède au cours du week-end.

Une porte-fenêtre ouverte

Avec toute la délicatesse possible, la présidente Myriam Dasté va aborder les circonstances de cette tragédie qui s’est nouée au domicile de cette assistante maternelle installée près de Pau. C’était bientôt « l’heure des parents », ce jeudi après-midi. La « grosse journée » de cette nounou qui exerce depuis une douzaine d’années. Elle a alors en garde quatre enfants, âgés entre 10 mois et 2 ans et demi.

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Noyades : danger majeur pour les enfants

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« Les noyades accidentelles chez les moins de 6 ans ont principalement lieu en piscine privée familiale », rappelle Santé publique France. C’est ce qui s’est produit dans le Gers ce 29 juillet, où un enfant de 3 ans est décédé en se noyant dans une piscine gonflable remplie de seulement 23 centimètres d’eau. Un drame qui rappelle qu’un tout-petit peut se noyer dans très peu d’eau en l’espace de quelques minutes.

Pour « préparer l’arrivée des parents », elle s’occupe des deux plus petits : changer la couche, ranger le sac à langer, dans le salon. Le seul moment où les deux « plus grands », 16 mois et 2 ans et demi, sont autorisés à aller jouer dans une autre pièce. Et quand le garçonnet revient le pantalon mouillé, elle croit d’abord qu’il a joué avec l’eau dans la salle de bains. Avant de découvrir avec effroi la porte-fenêtre de la chambre, qui donne accès sur la piscine, ouverte.

« Des parents m’ont confié leurs enfants et ils ont échappé à ma vigilance, souffle la prévenue. Pardon ! Je n’ai pas fait attention. Si je pouvais revenir en arrière, je le ferais. Je le regretterai toute ma vie. »

La piscine n’est pas sécurisée. Les travaux du revêtement de la terrasse ont pris du retard. La piscine a été mise en eau. Le dôme de sécurité n’a pas été installé. Il y a une bâche que la nounou va d’ailleurs devoir soulever pour accéder à l’enfant immergée.

« On s’en remet à des verrous »

Il n’y a que ce verrou à la porte-fenêtre. Mais on sait qu’elle a été laissée ouverte. Le service la protection maternelle et infantile (PMI) avait imposé ces fermetures de la porte-fenêtre. Un portail fermé séparait le jardin de la partie piscine. La PMI ignorait que la piscine avait été remplie. La nounou, elle, attendait la fin des travaux pour faire valider la sécurisation des lieux.

« Rien ne peut remplacer la surveillance humaine, dira Me Isabelle Casau, l’avocate des parents de la petite. On s’en remet à des verrous, à des portes fermées, mais ça, c’est de la technique, ce n’est pas la vraie vie. Tout le monde veut une piscine, mais la société, dans son ensemble, doit prendre en compte ce risque majeur. La noyade dans une piscine privée, souvent familiale, est la première cause de décès par accident domestique chez les enfants de moins de 6 ans. »

Et puis il y a eu cet incident qui « aurait dû alerter » la nounou, trois semaines plus tôt. Son mari, qui bricolait à l’extérieur de la maison, avait retrouvé les deux mêmes enfants au bord de la piscine. Il avait réprimandé son épouse, estimant que quatre enfants, c’était devenu trop lourd à gérer pour elle. Elle pensait avoir pris depuis ses précautions, avec cette porte-fenêtre qui devait être fermée.

« J’ai détruit deux familles »

L’assistante maternelle porte visiblement le poids de la responsabilité de ce drame. « J’ai détruit deux familles, la leur et la mienne. Tout ça est de ma faute. Je me sens très mal. Ils ont perdu leur rayon de soleil, leur bonheur. Je ne sais pas si vous pourrez me pardonner un jour. Je n’ose pas imaginer ce que vous endurez. Je ne sais pas comment vous dire à quel point je suis profondément désolée. »

« Le malheur s’ajoute au malheur », concédera le procureur Richard Pineau dans un réquisitoire prononcé dans un silence pesant. L’homicide involontaire par négligence est « imparable ». « Cette piscine, en l’état, n’était pas conforme pour l’accueil de jeunes enfants dont deux au moins étaient mobiles. »

Il ne conteste pas « le parcours jusque-là quasiment sans tache de gardienne d’enfants » de la prévenue. Il laisse poindre son émotion face à la phrase prononcée à l’audience par la Nounou. « Je ne sais pas du tout ce que je vais faire. Je n’ai même pas la force de chercher du travail pour l’instant. Je ne vis plus que pour mes enfants. »

« Vos enfants ne méritent pas autre chose que de vivre avec leur maman auprès d’eux », répondra le procureur. Il requiert une peine d’un an de prison avec sursis et une interdiction définitive d’exercer la garde d’enfants. Le tribunal suivra ces réquisitions.

L’émotion n’épargne pas non plus la défense de Me Katia Ducuing-Lespourci, qui « salue le courage » des parents de la petite fille. « Vous avez une femme éprouvée devant vous, ajoute-t-elle. Elle aime les enfants et elle en a fait son métier. C’était une nourrice à laquelle les enfants étaient aussi attachés. »

« Ce 22 septembre, elle a été négligente. Elle a failli. Elle pensait avoir le contrôle de sa maison, poursuit l’avocate. Aujourd’hui, elle n’a envie de rien, si ce n’est de pouvoir revenir en arrière. La peine que vous prononcerez ne réparera rien. »

« Je t’en veux mais je sais que tu es quelqu’un de bien »

La mère de la petite fille est pratiquement incapable de s’exprimer à l’audience. « J’aurais préféré avoir mon bébé avec moi et qu’on ne soit pas ici. » Dans un silence effroyable ponctué de sanglots dans la salle, le père finit par trouver le courage de dire quelques mots. « Notre fille n’aurait pas voulu qu’on punisse qui que ce soit. Mais on est là parce qu’on a perdu notre enfant. » Il se tourne vers la nounou, émue aux larmes. « Je t’en veux. L’erreur est humaine et je sais que tu es quelqu’un de bien. » Mais ce n’est pas encore « le temps du pardon », précisera l’avocate des parents, Me Casau. « C’est le temps de la douleur immense qui nous submerge tous, d’un côté comme de l’autre de la barre. » Le procès, au hasard du temps d’audiencement disponible, est sans doute intervenu « trop tôt ». Les parents demandent « la seule réparation qui existe, même si c’est trivial, parce que c’est le seul droit qu’ils ont aujourd’hui ». La Nounou devra leur verser 25 000 € chacun au titre du préjudice d’affection.

Lien source : Une enfant se noie dans la piscine de sa nounou : le procès insoutenable d’une négligence