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« En Amérique du Sud, le terme désigne la chtouille, c’est un pied de nez à tous ceux qui disent que l’on est un peu les vendus du mouvement. C’est la fièvre des putes… Les putes, c’est nous », confiait Manu Chao dans une interview en 1989. La Mano, c’est un groupe à l’esprit cosmopolite qui ne se soucie pas de l’étiquette du genre musical. Manu Chao officiait précédemment au sein des « Hot Plants ». Tonio jouait avec « Los Carayos ».

« Patchanka » avait montré la voie en fusionnant les rythmes rock, reggae, latino, un melting-pot de l’alternatif de l’époque. La notoriété aidant, avec les concerts fiévreux du groupe, le premier label, « Boucherie Productions », (en référence à son fondateur François Hadji-Lazaro, membre des Garçons Bouchers) ne peut plus assumer la logistique. Il fait place à Virgin qui laissera la liberté artistique au groupe. Mais ce changement va tout de même faire grincer pas mal de dents dans le milieu.

Myriade d’influences

Avec « Puta’s Fever », les langues se mêlent et s’emmêlent, comme pour rouler une galoche à toute l’humanité. Un mélange d’épices, sucre et miel, avec un doigt de tabasco. Cocktail musical assuré avec rap, reggae, rock, raï et soul.

« Mano Negra » sert d’intro à l’album. Une petite minute d’un joyeux souk organisé qui donne le ton. « King Kong Five » marque tous les esprits. On démarre en rap, à la limite du dub, sur un vocal anglophone et une énergie héritée du punk-rock. On ne peut pas passer à côté de « Soledad » et son beat punk latino endiablé.

« Sidi’h’Bibi » est un autre titre phare de l’album. La chanson est interprétée en arabe par le percussionniste Philippe Teboul, qui revisite au passage un classique oriental emprunté à sa mémoire familiale. Un bon combo entre punk-rock et mélodie orientale. Mais avec la Guerre du Golfe, ce morceau sera soumis à la censure et disparaîtra des ondes.

Un petit répit sur « Peligro », avant d’enchaîner avec une autre pièce légendaire, « Pas assez de toi ». Une ballade énergisante, rythmée en crescendo, en total contraste avec la prose violente du morceau. Mélodie lancinante, violence du sentiment, avec des phrases qui sautent au visage. Quand « pas assez » veut dire « trop ». Sur tout l’album, (40 minutes), l’équilibre entre les différents instruments est respecté. La section cuivres contrebalance bien le tout, ajoutant une ambiance contagieusement réjouissante. Si les paroles sont souvent à la fête, elles traitent aussi de sujets sérieux (fracture entre le pouvoir et le peuple, émeutes en Amérique latine…)

Eldorado latino

Si « Puta’s Fever » a des similitudes avec « Patchanka », il est sans doute aussi plus travaillé. L’album affirme avec force la direction vers laquelle La Mano Negra se dirige désormais. Pour Manu et Antoine, l’Eldorado est certes en Amérique, mais côté Sud.

Quelques mois avant la sortie de ce disque, le groupe vit l’une des plus fortes aventures de son histoire. En juin 1989, la Mano part pour la première fois en tournée au Pérou et en Equateur. Un vrai chamboulement émotionnel pour les frangins bercés à cette culture latino-américaine. Défenseurs des minorités, en butte à la toute-puissance yankee, les membres de la Mano trouveront dans cette tournée un terreau d’inspiration inépuisable.

Entre énergie et rage. L’album signe la rentrée musicale de 1989, dans une France qui a dû se cogner la Lambada comme tube de ce long été. Il était temps…

Lien source : Rock Forever 1989 : Mano Negra : « Puta’s Fever », la fièvre ne retombe pas !