Autant dire qu’en 1976, en cette année de bicentenaire de l’indépendance des States, le rêve américain a du plomb dans l’aile.

Quand les Aigles attaquent

Avec le retrait relatif des Beach Boys et la disparition des Doors durant cette décennie, la…

Autant dire qu’en 1976, en cette année de bicentenaire de l’indépendance des States, le rêve américain a du plomb dans l’aile.

Quand les Aigles attaquent

Avec le retrait relatif des Beach Boys et la disparition des Doors durant cette décennie, la scène californienne est occupée par les Eagles. Au moment d’entrer en studio pour concocter son cinquième album, en mars 1976, le groupe se compose de Glenn Frey (chant-guitare, hélas disparu en 2016), Randy Meisner (basse), Joe Walsh (guitare), Don Henley (batterie-voix) et Don Felder (guitare). Ils ne ressortiront de leur studio que huit mois plus tard.

Et quand les Aigles attaquent, ça donne « Hotel California », album composé de huit morceaux gravés dans le marbre. Première constatation sur la conception de cet album : le groupe semble amorcer un virage plus rock et moins country. Cela peut notamment s’expliquer par l’arrivée de Joe Walsh qui a remplacé Bernie Leadon, fatigué des tensions dans le groupe, des tournées interminables, mais aussi des excès qui vont avec.

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La critique et les fans de la première heure ne manquent pas la sortie de l’album, le 8 décembre. On reproche au groupe de tourner le dos au country-rock, leur genre fétiche, et de tomber dans le pur business. Rajoutez à cela des egos surdimensionnés et des comportements déplacés avec les groupies (« sex, drugs and… sex ! »), avouez qu’il y a de quoi déplumer un aigle. Pourtant, le succès est digne d’un blockbuster sur la planète rock. Sur l’année 1977, « Hotel California » est numéro 1 des charts durant des mois.

Un best-seller

Et on commence par LE titre best-seller de toute la carrière du groupe, « Hotel California ». Six minutes trente qui ouvrent l’album. Un vrai carton en radio malgré sa longueur.

Don Felder pensait d’ailleurs qu’en raison de sa longueur, ça ne ferait jamais un tube. Le slow qui tue et un solo, mélodiquement parfait, passage obligé pour tout guitariste en herbe. Mais un morceau qui n’est pas aussi sentimental qu’il n’y paraît.

Inspiré du « We Use to Know » de Jethro Tull (dont les Eagles ont fait quelques premières parties), « Hotel California », élue chanson de l’année 1977, a été conçue par Glenn Frey et Don Henley. Et quand une chanson devient aussi célèbre, tout le monde cherche à en dévoiler la signification sacrée.

L’hôtel photographié sur la pochette est le Beverly Hills Hotel de Los Angeles, surnommé le « Pink Palace », haut lieu pour la jet-set très « sex, drugs and rock’n’roll ». L’histoire de la chanson est celle d’un homme qui, fatigué par une longue errance dans le désert, recherche un endroit pour se reposer pour la nuit. Mais il découvre un lieu étrange, habité par des personnages inquiétants.

Cet hôtel idyllique s’avère être un centre de désintoxication dont on ne sort pas (« You can check-out any time you like/but you can never leave » : « Tu peux quitter l’hôtel quand tu veux/mais tu ne pourras jamais partir »… Une traduction que valideront nos amis profs d’anglais, enfin, j’espère).

L’hôtel est une prison, comme l’est devenu le milieu de la musique qui génère les pires excès. « Le parfum tiède des colitas » fait référence aux joints de marijuana, dans le Mexique voisin. L’alcool et les seringues font également partie de la fête. Dose de rappel comprise. Entre Beat Generation et spleen baudelairien…

Difficile d’exister à côté d’un tel monument. Et pourtant, l’album réserve d’autres splendides surprises. A commencer par « New Kid in Town », un morceau sorti en single juste avant l’album et qui atteint très vite la première place des hits américains. Une belle ballade country et entêtante à souhait.

Côté rock, les riffs de Joe Walsh sont imparables sur « Life On The Fast Lane ». Avec le mélancolique « Wasted Time », Henley critique tous les abus du star-système… autant qu’il y participe. Le final sublime sur « The Last Resort » évoque la spoliation des terres indiennes par les Blancs et la capacité de ceux-ci à détruire leur propre environnement. Pas très optimiste tout ça, mais la voix de Don Henley est juste bouleversante.

L’album va connaître tous les records. La tournée qui suit, tous les excès. « Hotel California », métaphore d’une prison dorée dont on ne sort pas. Le titre phare, quant à lui, a fait danser et chanter toutes les générations. Et ça marche toujours…

Lien source : Rock Forever : 1976 : Eagles, « Hotel California », le blockbuster du rock