Plus de trente ans après sa publication au Japon, l’œuvre culte Akira s’offre une nouvelle édition, toujours publiée chez Glenat. Cette troisième version se veut la plus fidèle publiée jusqu’ici en langue française. Pilotée par l’auteur, Katsuhiro Otomo, réputé pour son perfectionnisme, cette nouvelle intégrale se présente comme l’édition ultime d’une œuvre qui n’a pas pris une ride. Mais est-elle vraiment à la hauteur ?

Précision : Si vous vous demandez encore en quoi Akira est une oeuvre définitivement culte, notre dossier spécial Akira devrait vous éclairer !

Une initiative à louer

Tout d’abord, et c’est une bonne chose, « édition ultime » ne veut pas dire ici « objet pour collectionneur ». La qualité du volume n’est pas extraordinaire, et c’est tant mieux : le prix reste très abordable. Comptez environ 15 euros par tome pour près de 400 pages, ce qui nous fait moins de 3 centimes la page, un prix tout à fait correct étant donné l’œuvre d’art que l’on tient dans les mains. Couverture souple, pages grises un peu tristounes, mais une qualité irréprochable en ce qui concerne la reproduction et la finesse des planches : c’est tout ce que l’on demande. Une balance entre la qualité et le prix est très avantageuse pour le lecteur, qui permettra certainement à une nouvelle génération de découvrir les aventures de Kaneda, Tetsuo et Kei. Le chef d’œuvre d’Otomo se présente comme une œuvre populaire, et cet aspect est bien conservé dans cette édition, à portée de toutes les bourses.

Pour comprendre cette nouvelle édition, il faut se rappeler, si besoin, que deux autres versions ont déjà vu le jour en langue française. La première, publiée entre 1991 et 1996, est constituée de 12 volumes cartonnés semblables aux bandes dessinées occidentales. Elle se lit de gauche à droite, comme nos bons vieux albums de Tintin. La deuxième, publiée entre 1999 et 2000, en six volumes noir et blanc, se lit, elle aussi, dans le sens de lecture occidental.

Une hérésie pour les puristes qui réclamaient une version fidèle au sens de lecture original, de droite à gauche, ce que corrige cette nouvelle version qui a par ailleurs conservé la couverture également. D’autre part, l’intégralité des planches a été retraduite pour l’occasion. Les onomatopées, parties intégrantes du dessin, retrouvent leur version japonaise et sont traduites sous les cases. Bref, cette édition se présente comme l’œuvre que les Japonais ont découvert il y a plus de 30 ans, pour la première fois en France. Enfin !


On ne peut que saluer une telle initiative, qui restitue enfin l’œuvre telle qu’elle a été pensée et conçue. Il ne manque plus, pour compléter la collection, qu’une édition destinée aux fans les plus exigeants, d’une qualité supérieure. Pour autant, faut-il jeter ses vieux volumes aux orties ? Et, si c’est la première fois que vous lisez Akira, faut-il se ruer sur cette édition ? Oui et non.

Un sentiment partagé

On oubliera bien vite la deuxième édition d’Akira, celle en noir et blanc, totalement dépassée par cette nouvelle version. En revanche, pour la première édition en couleur, le constat est plus mitigé. Certes, cette nouvelle édition est plus fidèle à l’œuvre originale. Certes, la traduction de la première version sonne très bizarrement aujourd’hui. Certes, la colorisation à l’ordinateur ne rend pas hommage à la virtuosité du trait d’Otomo, dont elle fait parfois disparaître la finesse.

Concernant la colorisation, celle-ci a été effectuée aux États-Unis. A la fin des années 80, quand le manga a été publié pour la première fois, les éditeurs américains et européens pensaient que le public occidental ne serait pas intéressé par le format des bandes dessinées japonaises, des productions beaucoup plus industrielles, en noir et blanc, qui n’avaient pas cet aspect « œuvre d’art » qu’ont les productions européennes ou les comics américains. Pour espérer vendre une œuvre dont ils étaient sincèrement passionnés, ils ont donc décidé de la coloriser. Cette colorisation, l’une des premières réalisées par ordinateur, a été supervisée par Otomo.

“On aura beau dire, une œuvre en couleur claque toujours beaucoup plus à l’œil qu’une version en noir et blanc.”

 
Avec le recul, ce qui frappe aujourd’hui, c’est la justesse et la qualité de cette colorisation qui n’a pas si mal vieilli, contrairement à d’autres œuvres de la même époque ou postérieures (on se souviendra, notamment, d’une réédition monstrueuse de l’Incal…). Interrogé en 2016 sur la question, Otomo se déclarait fier du résultat de la colorisation d’Akira, bien que conscient de ces défauts. Si le trait du maître perd en netteté, il faut néanmoins reconnaître que les artistes en charge de la couleur ont fait du très bon travail. Et, on aura beau dire, une œuvre en couleur claque toujours beaucoup plus à l’œil qu’une version en noir et blanc.

Pour ce qui est de la traduction, il va falloir beaucoup de mauvaise foi pour admettre que cette nouvelle version n’éclipse pas totalement l’ancienne. Mauvaise foi dont nous ferons pourtant preuve. Les personnages de la première version d’Akira s’expriment dans un langage anachronique, parfois une sorte de caricature de « parler jeune » comme devaient l’imaginer les auteurs au début des années 90. On trouve ainsi des insultes telles que « tête de mort » ou des interjections du style « conneries ! ». Et pourtant, l’ensemble reste cohérent et procure une sorte de charme suranné à cette ancienne édition qui ne vieillit pas vraiment.

En forçant un peu le trait, on pourrait même rapprocher l’argot des adolescents d’Akira de celui employé par Anthony Burgess dans « L’orange mécanique ». Pas sûr qu’il s’agisse d’un choix raisonné des auteurs, mais le résultat est là : cette vieille traduction possède un charme bien à elle, là où la nouvelle est platement fidèle… Évidemment, avec un peu moins de mauvaise foi, on saluera simplement le travail des nouveaux traducteurs qui livrent une version impeccable.

Akira mon Amour…

Difficile, en réalité, de prendre cette nouvelle édition à défaut, et pourtant, ce n’est pas l’envie qui manque. Akira est une œuvre forte, qui marque les lecteurs depuis plusieurs générations et dont les codes restent inscrits dans l’inconscient. Cette nouvelle édition est tout simplement la plus fidèle publiée jusqu’ici, ni plus, ni moins. C’est ce qu’elle promettait, et c’est ce qu’elle fait.

Découvrir une nouvelle version, d’autant plus si elle est objectivement meilleure, est une expérience douloureuse quand on a été bercé par une œuvre que l’on a peu à peu fait sienne. Reconnaître la qualité de cette édition, c’est admettre que le monde change et qu’une partie de nous appartient désormais au passé…

“Malgré la qualité indéniable de cette nouvelle version, la première édition d’Akira restera une belle page du Grand Livre de la bande dessinée.”

Les jeunes qui découvrent aujourd’hui le manga de Katsuhiro Otomo devraient probablement commencer pas cette nouvelle édition, ne serait-ce que parce qu’elle ne coûte pas cher. Mais nous recommandons tout de même à tous les curieux qui ne la connaîtraient pas de jeter un œil à la première édition. Si elle est un peu maladroite par endroit, si parfois elle trahit son auteur, elle n’en reste pas moins un formidable objet hybride entre le savoir-faire japonais et l’exigence artistique occidentale.

Source : http://www.bedetheque.com/

En somme, le témoin d’une époque où les éditeurs ne savaient pas trop ce qu’ils faisaient, où les lecteurs ne savaient pas trop ce qu’ils lisaient, mais où, à la faveur d’un accident, les fictions des uns rencontraient le plaisir de la découverte des autres. Malgré la qualité indéniable de cette nouvelle version, la première édition d’Akira restera une belle page du Grand Livre de la bande dessinée. De fait, elle aura toujours une place méritée sur votre étagère.



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