Le voleur d'estampes invite le lecteur à un voyage temporel et poétique. Glénat offre avec ce titre un bel hommage à l'art japonais précurseur du manga.

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apon, fin du XIXe siècle. Le voleur est un jeune pêcheur qui mène une double vie. Le jour il aide son père au restaurant. Mais la nuit, il cambriole les demeures des riches, sur la colline aux palais. Animé par un sentiment de liberté totale qui contraste avec les journées monotones qu’il subit, il fait la rencontre une nuit de la fille du gouverneur, qu’il est venu dévaliser. Entre celle qui refuse un destin qu’on souhaite lui imposer, et lui, démasqué, s’instaure alors un curieux chassé-croisé…

LE VOLEUR D'ESTAMPES © 2016 Camille Moulin-Dupré / Éditions Glénat
LE VOLEUR D’ESTAMPES © 2016 Camille Moulin-Dupré / Éditions Glénat

Le voleur d’estampes : une fresque poétique

Sorte de fresque dépeignant le Japon du XIXe siècle à travers les exactions d’un jeune pêcheur en quête de frissons, Le Voleur d’estampes offre un joli récit d’aventures et de romantisme sur fond de légende folklorique et de Tengu. Pour autant, pas de noblesse d’âme de la part du personnage. Il ne vole pas pour donner aux riches, comme un certain archer de Sherwood, ni par goût immodéré pour l’art. Ce voleur qui dérobe par plaisir, cherche avant tout de l’adrénaline et à rompre la monotonie d’une vie sans histoire qui le ronge chaque jour. Un sentiment de routine qui l’a amené à se renfermer dans un monde silencieux, faisant de lui un personnage très peu loquace, arrogant et méprisant envers tous, et dont on connait les réflexions essentiellement par les pensées.

Ce même mode de narration est employé pour la fille du gouverneur, dont on « entend » à peine la voix, excepté lors d’un échange discret mais marquant avec le voleur. Dépendante de l’opium, qui lui permet de se réfugier dans ses rêves (parfois cauchemars) et qu’elle consomme tout au long du volume, elle est aussi prisonnière de sa condition de riche héritière et trouve en son « détrousseur » une porte de sortie à l’ennui de son monde, et peut-être l’amour.
 

“Inclassable selon les codes du manga d’aujourd’hui, le titre diffuse un parfum de poésie tout au long de ce premier volume qui séduit par sa simplicité.”

 
Si le manga est aujourd’hui ce qu’il est, il le doit à cet art ancestral qu’est l’estampe, style pictural popularisé par « le maître » Hokusai (1760-1849) et sa Grande Vague de Kanagawa, qui a aussi inspiré les grandes figures de la bande-dessinée franco-belge comme Hergé. A ce titre, Le Voleur d’estampes redonne ses lettres de noblesse à un genre qui fascine toujours autant. C’est le Français Camille Moulin-Dupré qui est derrière cette initiative et à la réalisation de cette oeuvre atypique, puisque celle-ci est réalisée entièrement sous forme d’estampes. Ainsi, les traditionnelles « bulles » de dialogues disparaissent pour laisser le texte s’insérer dans le dessin, instaurant une sorte de complicité narrative avec le lecteur.

De fait, le titre bénéficie d’un esthétisme de très belle facture qui détonne dans l’univers du manga actuel. Sublime dans sa conception, Le Voleur d’estampes fait la part belle à une mise en page parfaitement calibrée, où le graphisme s’étale sur de grandes vignettes, parfois des pages entières, accompagne à merveille la touche romantique et historique de l’oeuvre. Reprenant les codes de cet art, en ajoutant une touche de culture pop avec une certaine grotte secrète, Camille Moulin-Dupré joue avec brio sur les nuances de gris et de noir et offre une trame légère mais profonde, portée par une édition sans faute (de la couverture aux pages en passant par le texte). Inclassable selon les codes du manga d’aujourd’hui, le titre diffuse un parfum de poésie tout au long de ce premier volume qui séduit par sa simplicité, laquelle en fait une oeuvre accessible à un large public.



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