Il avait, c’est vrai, un peu d’avance sur un complet novice : il était déjà un pianiste aguerri. « Un modeste amateur », corrige-t-il, lui qui s’est jeté à corps perdu dans l’instrument à onze ans, après la mort de son père. Il lui est depuis resté fidèle, et lorsqu’il s’installe près de Paris, il suit durant 30 ans l’enseignement d’Isabelle…

Il avait, c’est vrai, un peu d’avance sur un complet novice : il était déjà un pianiste aguerri. « Un modeste amateur », corrige-t-il, lui qui s’est jeté à corps perdu dans l’instrument à onze ans, après la mort de son père. Il lui est depuis resté fidèle, et lorsqu’il s’installe près de Paris, il suit durant 30 ans l’enseignement d’Isabelle Grandet, primée en piano et musique de chambre au Conservatoire national supérieur de musique de Paris.

« Jouer avec d’autres »

À la retraite, Gérard Deshayes aurait pu se contenter de perfectionner la virtuose Sonate n° 9 en La mineur, KV 310 de Mozart. Cette partition, Isabelle Grandet lui avait mise entre les doigts et à Pau, la concertiste et enseignante paloise Mélina Burlaud, aujourd’hui professeur au Conservatoire de Toulouse, lui en a montré d’autres subtilités.

Mais Gérard Deshayes en avait décidé autrement et rien n’aurait pu le faire changer d’avis. Il ne voulait pas se consacrer uniquement au piano qu’il jugeait trop solitaire. Ce dont il avait envie, c’était « jouer avec d’autres ». Il commence donc l’apprentissage du trombone-basse et du tuba auprès de Michel Golias au Conservatoire de Pau, intègre le Big Band 64 « dont on vient me bombarder président… » ajoute-t-il avec un petit sourire.

Au microscope

C’est vrai que le natif du Havre, qui voit le jour au lendemain de la fin de la seconde guerre mondiale et qui grandi avec sa sœur et son frère dans cette ville meurtrie, n’en est pas à un défi près.

Il a poussé les murs dès ses études supérieures. Ingénieur agronome formé à Nancy, il trouve un emploi dans une coopérative agricole à Tours, mais pas l’épanouissement auquel il aspire. Il fait le choix de reprendre des études à 30 ans en 1976 et ira jusqu’au bout du parcours universitaire, décrochant un Doctorat d’État en Sciences de gestion pour lequel il a examiné au microscope « la nature d’une coopérative et par extension, d’une mutuelle », la passant au crible de la loi, de la finance…

Pendant une décennie, jusqu’en 1990, il enseignera la Coopération à l’Institut de gestion agroalimentaire, IGIA-Groupe Essec. Après sa fermeture, il rebondit dans des missions d’expertises chronophages, qui lui font parcourir le monde : Afrique, Maroc, Pologne, Kosovo, Tadjikistan, Algérie…

Il pilote les grandes lignes des réformes des kolkhozes de Hongrie, accompagne ailleurs les réformes agricoles de la Banque mondiale, découvre « le monde et l’humanité », des pays gangrenés par la corruption, vit des rencontres et échanges surréalistes, observe en anthropologue les fonctionnements familiaux…

« Le papy »

Cette précieuse matière, l’ancien expert rêve de la condenser dans un livre qu’il écrirait dans sa maison en lisière de Pau où il s’est installé en 2015. Il en a tapissé les murs de tableaux ramenés du monde entier : les souvenirs d’une vie active trépidante, qui ne doit pas laisser la place à une retraite trop tranquille.

Ce féru de cyclisme met alors la barre très haut: il s’attaque en 2017 “à tous les cols de la région”, y laisse quelques plumes qui l’obligeront à ralentir la cadence quelques temps: mais cet été, il l’assure, il se remettra en selle pour triompher à nouveau des Pyrénées.

Il s’investit aussi dans la musique. Il fréquente le conservatoire et les cours d’écriture musicale et de composition de Serge Lécussant puis de Nathalie Biarnés, est tubiste dans les orchestres du Conservatoire, dont il devient le doyen, le “papy”. Il joue sous la baguette de Gaétan Tchuruk, successeur de Guy Brunschwig qu’il retrouve à l’Harmonie paloise. Et c’est avec la banda Banda Los Ensorelhats qu’il découvre le carnaval de Tardets, et se met en tête d’écrire « une musique pour le Carnaval » de cette ville de Soule.

A l'Art des notes, Guillaume Basta (à gauche), fait les derniers réglages sur le tuba de Gérard Deshayes.


A l’Art des notes, Guillaume Basta (à gauche), fait les derniers réglages sur le tuba de Gérard Deshayes.

Nicolas Sabathier

Il s’y astreint avec discipline, chaque soir jusqu’à minuit. Pour ce rendez-vous traditionnel qui renaît après deux années sous l’éteignoir en raison de la crise sanitaire, il compose « une suite musicale de quatre danses, qui sera animée par quatre chanteurs. Sa partition « célébrant le Carnaval, la ville de Tardets et la Soule » sera interprétée le 3 février prochain à 21 heures en l’église de Tardets, avant un concert donné par l’Harmonie Paloise. Gérard Deshayes sera parmi les spectateurs pour entendre la première présentation publique de cette musique. Il reste serein. Après tout, il a l’habitude de se jeter à l’eau…

Pratique

Vendredi 3 février 21 heures, en l’église de Tardets : le concert du Carnaval avec la participation de l’Harmonie Paloise, sous la direction musicale de Guy Brunschwig.

Musique « Le Carnaval de Tardets », composée par Gérard Deshayes, interprétée par quatre chanteurs,

L’Harmonie Paloise interprètera ensuite des musiques de films (Pirates des Caraïbes, John Williams in Concert, The Bodyguard, Moment for Morricone, Les Demoiselles de Rochefort, West Side Story).

Entrée 10 euros, gratuit pour les moins de 16 ans.

Lien source : Gérard Deshayes, une retraite qui sonne bien