La rédaction vous conseille

Les nouveaux tarifs pratiqués par EDF vont en effet multiplier par six la note d’énergie qui devrait passer de 1 800€ à 12 000€ par mois cet hiver. L’établissement ne peut bénéficier du bouclier tarifaire mis en place par l’État. Son contrat souscrit avec le fournisseur témoigne d’une puissance trop importante pour être éligible, le seuil étant fixé à 36 kVa.

Prolonger pour le plaisir

Dans ces conditions, les patrons Jacques, plus connus sous le nom de « Jacky », et Huguette ont dû se résoudre à l’inéluctable. Un véritable crève-cœur pour ces artisans passionnés qui avaient prévu de tirer leur révérence à l’horizon 2025, soit à l’occasion du chantier de rénovation du centre-bourg. « Nous avons admis depuis un moment la fin de l’histoire. Mais le plus pénible, c’est de ne pas choisir la date et la cause », confie Jacky, un brin ému. Retraités, ces artisans espéraient pouvoir prolonger leur activité quelques années de plus pour le plaisir.

Réputée pour ses andouilles vieilles, la charcuterie Crouzeilles Léris à Gan va cesser son activité au printemps.


Réputée pour ses andouilles vieilles, la charcuterie Crouzeilles Léris à Gan va cesser son activité au printemps.

Nicolas Sabathier

Ils ont tout tenté de sauver cette institution de 90 ans. En vain. Les artisans n’ont pas pu changer de catégorie de tarif à cause de la puissance de leur installation qui comprend un pylône et un transformateur électriques dans leur cour.

La rédaction vous conseille

Des équipements qui alimentent hachoirs, étuves, ventilateurs des séchoirs et chambres froides de la petite fabrique. « Pour modifier le contrat, il fallait engager des travaux colossaux qui auraient coûté entre 40 000 et 60 000€ », indique Jacques, 62 ans qui a bataillé avec les services d’EDF. Un investissement auquel le couple aurait consenti s’il n’était pas déjà retraité. La solution du groupe électrogène a également été étudiée, mais jugée trop gloutonne en carburant et trop bruyante pour le voisinage.

Un séchoir artisanal

Fondée en 1933 par Germain Léris, la charcuterie familiale s’apprête donc à vivre ses derniers mois d’existence, le temps d’écouler son stock de 4 000 andouilles vieilles, produit typique du pèle-porc. Et pour cause, il faut compter six mois entre la fabrication et la vente. Entre-temps, elles sont pendues dans un séchoir artisanal en bois. Ce savoir-faire a fait la renommée de la maison Crouzeilles Léris où ces secrets se sont transmis durant trois générations. La charcuterie a compté jusqu’à neuf employés et possédait un étal aux halles avant leur rénovation. Et même sans cette exposition, la clientèle est originaire de « la France entière ». « Tous les acheteurs ont eu une grand-mère dans la région, mais ils habitent désormais Lyon, Paris, Marseille, Grenoble, Bordeaux… et même du Congo ! », explique Jacky.

Pas de successeur

Avocat à Paris, le fils de Jacques et Huguette ne prendra pas la succession de ses parents. Les deux fidèles employés n’ont pas souhaité non plus reprendre le flambeau. « Nous préférons arrêter là plutôt que de vendre à quelqu’un qui ne sera pas aussi attaché que nous à l’affaire », confie Jacques, échaudé par les mésaventures et faillites de confrères qu’il a pu observer lors de ces 20 ans passés à la tête du syndicat des charcutiers-traiteurs de Béarn et Soule.

Résignée, l’équipe de la charcuterie Crouzeilles Léris veut désormais « s’appliquer à faire une belle fermeture, que nos clients soient contents jusqu’à la fin ». Selon le rythme de vente, la fermeture définitive devrait intervenir entre mai et juin.

“Il ne recevra pas une facture de 12 000 euros”

L’affaire de la Charcuterie Léris n’est pas passée inaperçue et les services de la Direction départementale des finances publiques ont contacté l’artisan dès qu’ils ont eu vent de l’affaire afin d’examiner la situation. “Nos services ont pris contact avec M. Léris et nous lui avons indiqué que, certes il ne pourrait pas bénéficier des tarifs liés à son compteur, mais qu’il reste éligible à d’autres dispositifs d’amortisseur électrique. A ce titre, il ne recevra pas de facture à 12 000 euros”, explique Jean-François Odru, le directeur départemental des finances publiques.

Lien source : Gan : effrayée par sa facture électrique, la charcuterie Crouzeilles Léris va tirer le rideau