Il y a sept ans, elle a pris la décision de partir et de ne plus jamais revenir : « Je suis rentrée chez moi un jour et il y avait deux hommes, ils m’ont couvert la tête avec une couverture et…

Il y a sept ans, elle a pris la décision de partir et de ne plus jamais revenir : « Je suis rentrée chez moi un jour et il y avait deux hommes, ils m’ont couvert la tête avec une couverture et j’ai reçu neuf coups de couteau ». Si Khatereh vit aujourd’hui à Pau, c’est parce que dans son pays sa vie était en danger.

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L’Iran s’embrase depuis plusieurs jours suite à la mort d’une jeune femme de 22 ans, Mahsa Amini originaire de la région du Kurdistan (nord-ouest de l’Iran) après avoir été arrêtée le 13 septembre dernier par la police des mœurs, chargée de faire respecter un code vestimentaire strict pour les femmes. Masha Amini est tombée dans le coma après son arrestation et est décédée le 16 septembre à l’hôpital, selon sa famille. Des militants ont déclaré que la jeune femme avait reçu un coup mortel à la tête, une affirmation démentie par des responsables qui ont annoncé une enquête.

Sans nouvelle de sa famille

Depuis, le pays vit une vague de révolte, notamment de la part des femmes qui brûlent ou retirent leur voile et clament « Liberté ». Le gouvernement officiel fait état de 17 morts, quand les ONG comme l’Iran Human Rights (IHR) parlent de 50 morts.

Les autorités iraniennes ont depuis quelques jours restreint l’accès à Internet et aux réseaux mobiles pour tenter de limiter les capacités de rassemblement des manifestants et pouvoir les réprimer à huis clos, selon des ONG.

Khatereh Ahmadi est aujourd’hui sans nouvelles de sa famille et de ses amis : « Je suis très inquiète, on n’a aucun moyen d’entrer en contact avec eux. C’est inacceptable pour un gouvernement de couper internet ».

« Ils ont voulu me tuer »

L’Iranienne venait de terminer ses études et était avocate en Iran à Téhéran quand elle est partie. Un pays où elle est née et qu’elle a fui à 24 ans, seule, pour survivre.

Un récit dur à exprimer, des souvenirs douloureux, qu’elle veut pourtant partager pour témoigner des pratiques du régime iranien. Après les coup de couteau, une deuxième agression a eu lieu : « La deuxième fois, ils m’ont attaquée au visage. J’avais le visage déchiré, la mâchoire cassée. Il m’a fallu trois chirurgies pour me réparer ».

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Dans son pays, elle remettait en question la politique et revendiquait la liberté de choisir pour les femmes notamment sur un site de droit où elle publiait des articles : « J’ai compris que ces attaques venaient du gouvernement. Ce que j’écrivais déranger. Le gouvernement n’aime pas les gens intelligents. Mon père m’a dit de partir pour survivre ». Elle a perdu son travail et a tout quitté.

S’exprimer sans être opprimée

Trois ans d’errance en Turquie et puis la France, ce pays où elle a obtenu en 2019 sa carte de séjour. Elle ne parlait pas un mot de français à son arrivée mais à étudier à l’Université pour obtenir une équivalence à son diplôme : un doctorat en droit international. Aujourd’hui elle est experte interprète auprès du Tribunal de Pau et de l’Ofii (office français de l’immigration et de l’intégration).

Elle parle sept langues dont le persan et espère pouvoir exercer en tant qu’avocate ici. « On ne peut pas choisir son lieu de naissance, mais on peut choisir sa vie. Je ne repartirais pas en Iran, c’est trop dangereux » dit elle la voix serrée.

Depuis quelques mois, sa mère l’a rejoint en France. Ancienne conseillère en juridique, elle recevait des menaces à son tour. « J’aimerais que les gens comprennent que c’est très difficile pour les Iraniens de récupérer des papiers officiels ou des preuves des persécutions, des enlèvements que l’on subit car le gouvernement efface tout. »

En France elle n’a plus peur dit-elle assurément mais elle s’inquiète pour ses femmes toujours là-bas malgré tout prête à défendre leur liberté au risque d’en mourir.

Kevan, autre réfugié iranien qui réside à Pau : « On a peur de discuter de politique »

Arrivé en France dans les années 1980 avec ses parents suite à la révolution islamique de 1979, cet Iranien de 64 ans n’a plus de nouvelles de son frère et de sa sœur à Téhéran : « La communication est coupée, ils ne peuvent plus entrer en contact avec l’extérieur ». Quand il peut échanger avec sa famille au téléphone, les sujets politiques sont à éviter : « on a peur de discuter, ce gouvernement n’hésite pas à tuer ».
S’il aimerait retourner en Iran où il n’est pas allé depuis vingt-deux ans, Kevan Alaee affirme son opposition au régime : « Je suis pour la révolution. Chacun doit être libre de choisir son chemin. On ne peut pas imposer des tenues ».

Lien source : « En Iran, j’ai reçu neuf coups de couteau » : réfugiée à Pau, Khatereh témoigne de la violence du régime