Difficile en effet de dire que le discours de Martin Lesage et du colonel Bouldoires, commandant le groupement du 64, ait suscité un fol engouement de la part de la quarantaine d’édiles présents. Déjà, leur nombre, au regard de l’arrondissement de Pau (où l’on compte 269 communes) était un indice sur l’intérêt local porté à la démarche de l’Etat. Les échanges avec les présents finiront de démontrer le fossé existant…

Difficile en effet de dire que le discours de Martin Lesage et du colonel Bouldoires, commandant le groupement du 64, ait suscité un fol engouement de la part de la quarantaine d’édiles présents. Déjà, leur nombre, au regard de l’arrondissement de Pau (où l’on compte 269 communes) était un indice sur l’intérêt local porté à la démarche de l’Etat. Les échanges avec les présents finiront de démontrer le fossé existant ici, entre la proposition et les attentes.

Et pourtant, la proposition est séduisante. Une belle opportunité, pourrait-on dire. En effet, rappelons qu’à travers la loi d’orientation et de programmation du ministère de l’Intérieur, il est envisagé de créer en France, d’ici 2027, 200 nouvelles brigades de gendarmerie. Les Pyrénées-Atlantiques auraient leur part, avec deux ou trois créations.

« Il y a une volonté claire de renforcer les moyens humains, avec des perspectives budgétaires assez propices. L’idée est de remettre davantage de gendarmes dans les territoires. Les grandes questions, c’est où et comment », a exposé le sous-préfet de Pau.

Aujourd’hui, 700 gendarmes dans le 64

C’est dans ce contexte que l’Etat a décidé de solliciter les maires, pour recueillir leurs doléances, et le cas échéant, leur candidature. De candidature, il n’en viendra pas ce soir-là, des réclamations un peu plus. Evidemment, les maires voient tous d’un bon œil l’arrivée de nouveaux moyens, alors que le département compte aujourd’hui 700 gendarmes, répartis dans 40 brigades territoriales, quatre brigades de recherches, quatre unités motocyclistes, cinq pelotons de surveillance et d’intervention et un peloton de haute montagne.

Mais très vite, et très souvent, la discussion a porté sur le manque d’effectifs et la réduction des heures au public dans les brigades existantes. Bien que le secrétaire général de la préfecture et le colonel eussent beau répéter à plusieurs reprises que ce n’était pas l’objet de la concertation. Le patron des gendarmes, lors de son préambule, avait même anticipé les remarques, concédant l’existence de postes vacants, « mais le choix fait ici n’est pas de venir les combler ».

Manque de cohérence, selon les maires

Incompréhension des maires, à qui l’Etat vend pourtant une « réparation du maillage territorial, qui a pu être distendu ». Pour eux, la solution toute trouvée, la plus rapide à exécuter, reste l’affectation des 20 à 30 gendarmes promis dans les unités actuelles. « J’ai une brigade ouverte seulement deux à trois après-midis par semaine. Pourquoi ne pas la renforcer plutôt que de créer une brigade qui viendrait le jour du marché » a posé notamment le maire de Soumoulou Alain Trepeu.

Même inclinaison pour le maire d’Artix Jean-Marie Bergeret-Tercq : « Vous nous parlez de retrouver de la visibilité, de la proximité auprès des citoyens. Ce serait plus cohérent d’ouvrir davantage les brigades sur les territoires. Moi je ne peux être candidat, car j’ai une brigade, mais cela ne veut pas dire que les besoins ne sont pas là ».

« S’il y a moins d’accueil du public, c’est pour être davantage sur le terrain » a justifié le colonel Bouldoires. Un terrain qui, rappelons-le, représente 96 % des Pyrénées-Atlantiques, et 53 % de sa population. Mais il peut y avoir des trous dans la raquette, que la gendarmerie aimerait bien combler. Le patron des gendarmes a fait sa propre étude, qu’il a présentée au préfet, en prenant compte des caractéristiques du département, tant géographiques qu’opérationnelles.

Il a ainsi ciblé trois enjeux : la sécurité du quotidien, le besoin de coopération avec l’Espagne, le sujet environnemental et les trafics associés.

Quatre modèles de brigade

« Si on s’installe, c’est pour du long terme » a assuré le colonel Bouldoires en proposant quatre modèles de brigades : la classique, sous la forme actuelle, « mais ce n’est peut-être pas le plus adapté ici » reconnaîtra le sous-préfet de Pau ; une brigade multiservices, qui se déplacerait de locaux communaux en espaces France Services pour tenir des permanences ; une brigade itinérante, à bord d’un camion aménagé, une idée mise en avant lors de la concertation avec les élus du Haut-Béarn (notre édition du 24 novembre) ; ou une brigade spécialisée, « missionnelle », sur un thème bien précis.

Les brigades mobiles ont semble-t-il suscité un peu plus d’intérêt des maires, en effet. « Pourquoi pas sur la cybercriminalité » a invité le maire d’Orthez Emmanuel Hanon. Raté. « On forme des gendarmes dans les brigades, et on a déjà une équipe à Pau qui monte en puissance. Mais ce travail doit rester dans l’ombre. Il n’est pas envisagé de créer des brigades cyber visibles » a répondu l’officier.

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« Vous pensez à une brigade environnementale, liée au bassin de Lacq, alors » a interrogé le maire de Laà-Mondrans, Loïc Country. « Cela aurait du sens » a acquiescé Martin Lesage. Le colonel Bouldoires a aussi voulu rassurer sur ces brigades supplémentaires, de 7 à 10 gendarmes, « elles ne seront pas constituées avec les effectifs déjà présents sur le territoire. Elles seront déployées, pour les premières à l’été 2023, mais jusqu’en 2027 : nous aurons donc le temps de recruter et de former ».

Le gendarme en est certain : elles auront un impact positif, en soulageant les locaux de certaines missions qui pourront alors se concentrer sur d’autres dossiers. « Comme une brigade qui pourrait intervenir sur les fêtes de village, jour et nuit » illustre Jean Bouldoires.

Quatre fermées en Béarn depuis 2003

Mais la petite musique du renforcement de l’existant est vite revenue. Comme aussi l’évocation des brigades fermées depuis 2003 en Béarn, à Lagor, Urdos, Lasseube et Pau. Certains maires béarnais lors des concertations ont invité à la réouverture d’Urdos et de Lasseube notamment. Recevant en retour un non définitif.

« Mais finalement, ne prend-on pas le problème à l’envers ? C’est vous qui connaissez les points forts et les points faibles, n’est-ce pas à vous à déterminer le choix le plus efficace pour vous » a repris le maire de Mesplède Régis Cassaroumé.

« Il y a un enjeu de calendrier, on a estimé que ce serait plus efficace si cela venait des maires, avec des propositions de projets ou de terrains. Il faut faire remonter les candidatures d’ici le 15 janvier. Le 15 février, elles seront transmises au ministre, qui arbitrera au printemps » a expliqué Martin Lesage.

Les élus n’ont pas été beaucoup plus convaincus. « Nous sommes sur deux logiques différentes. Vous devez répondre à une commande politique. S’il y a des brigades spécialisées, pourquoi pas, mais si c’est simplement pour faire de la proximité, augmenter les patrouilles, c’est déconnecté des attentes des élus qui préféreraient grandement avoir de suite ces 20 à 30 gendarmes actifs dans leurs brigades » a résumé Emmanuel Hanon.

Lien source : Création de brigades de gendarmerie en Béarn : les maires pas dans la même logique que l’Etat