Avec « Poison City », Tetsuya Tsutsui signe une nouvelle collaboration réussie avec l’éditeur Français Ki-oon et transforme le lecteur en témoin omniprésent d’une terrible bataille pour la liberté d’expression, menacée par la censure à la veille des Jeux olympiques Tokyoïtes de 2020.

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etsuya Tsutsui s’applique depuis toujours a abordé dans chacune de ses œuvres des sujets de sociétés importants, liés à notre quotidien à plus ou moins grande échelle, que ce soit la cybercriminalité dans Prophecy, la menace d’une épidémie bioterroriste dans « Manhole » ou encore l’impact de la réalité virtuelle sur la population dans « Reset ».

Il a également toujours su immerger le lecteur dans ses œuvres grâce à une mise en scène solide, des dessins maitrisés et un scénario complexe et haletant. Avec un sujet aussi épineux que la censure, Testuya Tsutsui reste fidèle à lui-même et en arrive même à se surpasser car au travers de «Poison City » ce n’est pas une mais bien deux histoires que l’auteur nous livre, le développement de la première étant largement influencé par les événements narrés dans la seconde, le tout de façon très cohérente et agréable à suivre.

Dans l’œil du cyclone

L’histoire de « Poison City » prend place en 2019 à Tokyo, à moins d’un an de l’ouverture des Jeux olympiques. Le Japon, sous l’égide du comité pour l’assainissement de Tokyo, est bien décidé à faire place nette de toutes impuretés médiatiques afin de recevoir les athlètes du monde entier. Une vague de mesures drastiques s’abat sur tout le pays et impacte notamment les univers de la littérature, du cinéma, du jeu vidéo et de la bande dessinée. Rien n’est épargné et c’est dans ce climat oppressant que Mikio Hibino, jeune auteur mangaka de 32 ans, se lance à corps perdu dans la publication d’un manga d’horreur ultra-réaliste, Dark Walker. Un projet audacieux qui aura pour conséquences de précipiter l’auteur et son éditeur dans la tourmente.

C’est ainsi que nous découvrons, dès l’ouverture du tome, les premières pages du premier chapitre de « Dark Walker», l’histoire dans l’histoire que le jeune mangaka Mikio Hibino est en train de présenter à son responsable éditorial pour une potentielle parution hebdomadaire dans le magazine Young Junk. On y découvre le commencement d’une série d’horreur mettant en scène une maladie contagieuse, entraînant une perte soudaine de la raison et poussant les gens à dévorer des cadavres, qui se propage à l’insu de la population.

On le comprend très vite, bien que « Dark Walker » ait tous les ingrédients d’une série à succès, à cause de son genre horrifique et de ses quelques scènes comportant des passages gores, le titre de Mikio Hibino va immanquablement se retrouver confronter aux nouvelles normes inquisitrices de censure mise en place par le comité pour l’assainissement de Tokyo.

“Le sujet de la censure est d’autant plus important pour l’auteur car on apprend dans les pages bonus de fin de tome que Tetsuya Tsutsui y a lui-même été confronté à l’encontre de son manga Manhole

 
C’est ainsi que se met en place l’histoire principale de Poison City, l’éditeur du jeune mangaka, ayant bien compris les risques encouru par la parution de ce nouveau titre, va devoir lui imposer des modifications afin de limiter les dégâts et éviter les sanctions tout en essayant de ne pas « dénaturer » l’oeuvre, comme par exemple le fait de ne pas montrer un personnage en train de fumer ou bien encore redessiner certaines cases en « cachant » le sang. Ce à quoi va devoir se plier Mikio Hibino, non sans frustrations, s’il veut faire perdurer la publication de « Dark Walker ».

Inspiré de fait réel…ou à venir.

Le sujet de la censure est d’autant plus important pour l’auteur car on apprend dans les pages bonus de fin de tome que Tetsuya Tsutsui y a lui-même été confronté à l’encontre de son manga « Manhole ». L’oeuvre avait été jugée « Œuvre nocive pour les mineurs » en 2009 par l’agence pour l’enfance et l’avenir du département de Nagasaki pour le motif « d’incitation considérable à la violence et à la cruauté chez les jeunes ». Jugement qui s’avérera plus tard infondé suite à l’erreur d’interprétation de l’oeuvre concernant la confusion de la vase qui recouvrait un des personnage avec du sang.

Sous de faux air autobiographique, « Poison City » représente magistralement le combat qu’a livré l’auteur pour redorer le blason de son manga « Manhole » et, grâce à un scénario d’anticipation ultra-réaliste prenant place dans un futur proche, nous fait prendre conscience d’un danger qui pourrait bien menacer notre société si nous n’y prenons pas garde.



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