Pays connu mondialement pour sa politesse et sa propreté, le Japon abrite, à l'instar des autres pays modernes, des bandes de jeunes rebelles dérangeantes qui s'opposent constamment aux règles strictes édictées par le gouvernement et la société de masse.

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onstitué de bôsô (course folle) et de zoku (clan), le terme bosozoku (ou zoku)définit les clans de jeunes motards à la conduite dangereuse et bruyante. Ces jeunes rebelles ont atteint le sommet de leur gloire entre 1970 et 1980 et sont encore une véritable légende pour de nombreux japonais.

Ces motards anti-conformistes ont inspiré certains personnages de la série manga d’exception Akira de Katsuhiro Otomo sortie en 1982 dont les héros principaux, Shôtarô Kaneda et Testuo Shima font partis d’une bande de motards inspirée des bôsôzoku. Mais l’une des figures phares, peut-être même la plus connue de ce mouvement dans les mangas demeure sans doute Eikichi Onizuka, le Great Teacher (GTO de Toru Fujisawa, publié chez Pika), prof aux méthodes peu orthodoxes et au passé , mais terriblement efficace pour remettre dans le droit chemin les élèves « égarés ».

Le légendaire prof Eikichi Onizuka (GTO, éditiosn Pika), est sans doute la figure manga la plus connue du mouvement Bosozoku.
Le légendaire prof Eikichi Onizuka (GTO, éditiosn Pika), est sans doute la figure manga la plus connue du mouvement Bosozoku.

Qu’est ce qu’un bosozôku ?

Inspirés des Hells Angels, club de motards américains, les bosozoku procèdent à des modifications, le plus souvent illégales, de leurs véhicules afin que ces derniers puissent faire un maximum de bruit et soient sensiblement visibles (ajout de lumière, de drapeau identitaire, etc.). Malgré ce lien étroit entre bikers américains et bosozoku japonais, les membres de ces gangs « à grand vitesse » sont essentiellement des adolescents (âgés généralement de 16 à 20 ans) en pleine lutte contre le système et l’oppression de la société japonaise. Le style qui les caractérise encore aujourd’hui est très particulier : coiffure en banane, armes de fortune en mains et blouson noir brodé de symboles impériaux et nationalistes associés à une attitude désinvolte et insolente. S’ils sont perçus comme des groupes de délinquants par le gouvernement et la police, ces rebelles nippons sont décrits comme des héros et des aventuriers par des journalistes et les bosozoku eux-mêmes.

“ Ils s’imaginent comme des protecteurs de la tradition japonaise transformée par la culture mondiale de masse.”

Leurs origines remontent à l’après-guerre : certains vétérans ultranationalistes de la seconde guerre mondiale ont ressenti des difficultés à reprendre leurs vies quotidiennes, n’abandonnant pas l’idée d’un Japon victorieux et traditionnel. Par la suite, ces idéologies furent reprises par des jeunes motards qui devinrent les bosozoku, nommés ainsi par les médias, choqués et indignés des conflits entre les forces de l’ordre et ces jeunes rebelles. Guerriers errants modernes se déplaçant dans leurs originales bécanes, les bôsôzoku mélangèrent sans complexe l’ultranationalisme de la seconde guerre mondiale avec la figure du samouraï pour légitimer leurs identités. Ils s’imaginent comme des protecteurs de la tradition japonaise transformée par la culture mondiale de masse.

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Des activités dérangeantes…

Leurs activités sont claires : déranger le bon fonctionnement de la société japonaise en arpentant les routes des grandes agglomérations et des villes du Japon tout en faisant…. du bruit. Faire gronder le moteur de leurs motos, klaxonner, ignorer les feux rouges et le port du casque, hurler sur les piétons et les automobilistes, brandir leurs armes à tout va en déboulant à grande vitesse sur une route très fréquentée afin de bloquer la circulation et de causer le plus de problèmes possibles. Réputés pour les dégradations qu’ils causent, ils sont une menace pour tout individu ayant le malheur de se trouver sur leur chemin. Ces activités dérangeantes qu’ils apparentent à un jeu (asobi) permettent ainsi de donner un ordre et un sens à la vie de ces jeunes motards, structurant leur mode de vie et leur identité.

Afin de passer du quotidien de leur vie à « l’anti-quotidien », il leur faut transformer l’ordre de la société en désordre social et le travail en jeu. Ainsi la moto des bosozoku s’apparente à un char de procession d’un carnaval, accompagné de costumes, drapeaux et objets adéquats. Les bosozoku fonctionnement selon un autre modèle « d’ordre social », il ne s’agit pas de gangs totalement anarchiques, mais bien de bandes organisées. Au final, il s’agit davantage d’une rébellion typiquement adolescente puisque la plupart des bosozoku retourne dans le rang de la société et enfouit leurs accessoires au fond de leurs placards avec l’âge.

Des gangs sur le déclin ?

Outre le renforcement des mesures prises par la police nationale nippone, les causes de l’effondrement du phénomène bosozoku seraient principalement liées à la crise économique. On pourrait penser que la précarisation de l’emploi, la baisse des salaires et la hausse de chômage seraient des éléments déclencheurs à la montée d’une rébellion de jeunes individus ainsi qu’à des mouvements protestataires. Cependant, les nouveaux bosozoku se retrouvent, dans ce contexte économique, en manque de moyens : les motos et leurs améliorations sont coûteuses, les uniformes typiques (tokku-fuku) sont chers.

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“Une culture qui fascine, qui dérange, une rébellion adolescente et non une véritable révolution sociale”

La nouvelle génération bosozoku roule en scooters bon marché, habillée de manière standard à l’inverse de la précédente. Ce qui lui donne maintenant une image à la fois badass et humoristique utilisée dans les mangas, notamment dans Great Teacher Onizuka de Toru Fujisawa sorti en 1997. Certains les définiront peut-être comme une « sous-culture » ou une « contre-culture » nippone opposée au gouvernement. Plus précisément, il s’agit là d’une culture alternative absorbée et utilisée par la société de consommation japonaise (mode, mangas, cosplays, etc.). Une culture qui fascine, qui dérange, une rébellion adolescente et non une véritable révolution sociale mais qui restera sans doute dans l’imaginaire populaire pour longtemps encore grâce aux éléments médiatiques et artistiques culturels nippons, comme c’est également le cas des samuraï.



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