Glénat nous offre Ayakashi, un chef-oeuvre du manga français réalisé par Izu et VanRah, teinté d'humour, de fantastique et de combats épiques sur un fond d’uchronie médiévale. 

L’

histoire d’Ayakashi nous transporte au Japon en 1702. Le pays, divisé en 5 royaumes dirigés par un clan, est la proie des ayakashi, des créatures fantastiques dévastatrices évitant habituellement le contact avec les humains. Yoshihiro Shimazu, un moine-guerrier utilisant le sang des ayakashi (le cina) pour combattre et traquer ces « démons » en compagne de ses alliés : le fidèle Hagane Kurochiwa doué pour l’humour et les explosifs, le jeune Seishû et l’ancien Haitani. Lors d’une chasse, Yoshihiro fera la rencontre d’une miko, seule survivante de son village, du nom de Yue qui dispose de pouvoirs surnaturelles ayant le pouvoir de pactiser avec les ayakashi et attirant vers elle un bon nombre de ces esprits fantasmagoriques.
 
Cette dernière se relève être une prêtresse de haut rang, la betsushikime, dans laquelle habite le dieu protecteur de son sanctuaire qui recherche avant tout la paix et l’harmonie entre humains et ayakashi, critiquant vivement l’utilisation du cina comme arme de guerre. Cette substance possède des effets secondaires visibles telle que l’altération de la couleur des yeux et donne à ses utilisateurs un pouvoir exceptionnel. La situation devient compliquée lors de l’arrivée de l’armée de Koxinga, le maître des mers du Pacifique, à la conquête de Kagoshima, la capitale du clan Shimazu.

L’uchronie médiévale fantastique d’Ayakashi

« Ayakashi possède des graphismes qui ne laissent pas de marbre et qui plonge très rapidement le lecteur dans l’univers fictionnel de cette oeuvre. »

Une uchronie bien réalisée qui réinterprète la bataille de Sekigahara (où les Shimazu remportent la victoire à la place des Tokugawa) en y incorporant du « fun » et du « fantastique » comme l’explique l’un des artistes, Izu: « Il y a selon moi deux manières de procéder si on veut faire du Japon médiéval-fantastique : soit tu ne te prends pas la tête et tu fais simplement de la fantasy, ce qui donne Samurai Deeper Kyo d’Akimine Kamikyo qui est historique mais sans prise de tête, ou faire une uchronie car celle-ci te permet de garder des bases historiques crédibles, tout en étant fun avec la question du « et si », par exemple qu’est-ce que serait devenu le monde si les nazis avaient gagné la Seconde Guerre Mondiale, l’uchronie la plus classique.« .

Au Japon, le terme « ayakashi » désigne traditionnellement un yôkai à la forme d’anguille faisant plusieurs centaines de mètres de long. Globalement, les ayakashi peuvent désigner les yôkai, monstres, ou créatures surnaturelles du shinto, et sont très répandus dans le domaine des mangas, de l’animation et des jeux-vidéo. Des références à ces monstres foisonnent dans les univers de fiction nippons : Ayakashi : Japanese Classic Horror, la série d’abnimation de Tôei animation ou encore les quatre sœurs ayakashi dans Sailor Moon et j’en passe ! Les artistes se sont beaucoup inspirés du Dictionnaire des Yôkai de Shigeru Mizuki pour bâtir leur univers de fiction teinté de folklore nippon comme l’explique VanRah : « Sur le plan graphique, j’ai pris les descriptions des yokai que je voulais représenter, plutôt des yokai terrestres, avisés et offensifs, je me suis ensuite reportée à des henge, mix entre un sanglier en charge et une bête féroce à l’aspect félin : des grandes griffes, des crocs acérés… Ils sont vraiment décrits ainsi dans le folklore japonais.  »

Ayakashi, une collaboration française

Cette oeuvre, fruit de la collaboration de deux artistes français, s’inscrit dans la liste de plus en plus importante des mangas mondialisés dessinés par des mangaka étrangers à l’archipel nippon.

Les graphismes de cette oeuvre apparaissent comme singuliers. Le scénario, le déroulement de l’action et le design des protagonistes rappellent évidemment les normes du manga, mais on y distingue des particularités : des traits lourds, un style personnalisé et des dialogues plus complets qui se concentrent davantage sur les personnages et l’action que sur les décors. Ayakashi possède des graphismes qui ne laissent pas de marbre et qui plonge très rapidement le lecteur dans l’univers fictionnel de cette oeuvre. Accompagné d’un humour agréable, ce manga met en scène des personnages complexes même s’ils possèdent des caractéristiques caricaturales : le beau brun ténébreux, la jolie miko aussi naïve que puissante et déterminée, le fidèle compagnon du héros au caractère léger, etc.

Des situations à la fois pesantes, drôles et fluides qui transforment la lecture en un véritable délice pour l’imagination. N’oublions pas le bonus « culturel » très utile qui est proposé au lecteur à la fin de l’oeuvre où l’on découvre des explications sur l’histoire, la culture, les pratiques et le folklore liés au shintoïsme et au bouddhisme de l’archipel nippon. Ayakashi est à lire et à conserver dans sa bibliothèque absolument !



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